Simple Plan s'interroge sur la valeur des trophées
Kathleen Lavoie
Le Soleil
Avec la cérémonie des Juno d'hier, qui l'a vu désigné groupe préféré des Canadiens, Simple Plan mettait un terme au cycle de l'album Still Not Getting Any, mais non sans exprimer un certain scepticisme devant la valeur des récompenses décernées.
Récipiendaire du seul prix « voté » des Juno, les représentants de Simple Plan à Halifax, David Desrosiers (basse) et Jeff Stinco (guitare), s'interrogeaient sur la valeur des trophées remis lors de galas comme celui de l'Académie canadienne des sciences de l'enregistrement (CARAS).
« Je pense malheureusement que c'est plus organisé avec le gars des vues que les gens le pensent... a laissé entendre le bassiste David Desrosiers en entrevue au SOLEIL. C'est pour ça que le prix du public, c'est le seul qui compte vraiment à nos yeux. C'est flatteur de recevoir un prix de l'industrie, mais ce l'est encore plus quand ça vient des gens », a-t-il soutenu.
Le collègue Jeff Stinco abondait dans le même sens, exprimant pour sa part des réserves quant au processus qui mène à la sélection finale.
« Cette année, j'ai reçu des billets de vote. Je ne sais même pas de quelle association je suis membre pour en arriver là. Je trouve ça étrange. Et il me semble que ce n'est pas ma place, en tant qu'artiste, de voter. »
Il s'agit, selon les deux musiciens, du même genre de règles discutables qui les empêchent de poser leur candidature, année après année, au gala de l'ADISQ, eux qui seraient pourtant fiers d'être reconnus par leurs concitoyens. Le problème, c'est que le gala québécois ne reconnaît pas les artistes d'ici qui font carrière sur des étiquettes de disques canadiennes ou américaines...
« Honnêtement, je trouve ça poche !» a encore laissé tomber le guitariste. « Et on a beau essayer de ne pas y penser, mais on se fait tout le temps demander pourquoi on n'est pas en nomination », d'ajouter David Desrosiers.
Partis pour un troisième album
Ces préoccupations, somme toute mineures considérant le succès obtenu par la formation, seront bien loin de l'esprit des membres de Simple Plan au cours des prochains mois. De retour d'un premier voyage mémorable en Afrique du Sud, le groupe effectuera une pause bien méritée de quelques semaines, le temps de reprendre le contrôle sur sa vie, de payer les factures et de faire les déclarations de revenus avant de reprendre la route du studio, où ils travailleront à l'élaboration de leur troisième album. Le légendaire Bob Rock fera partie de l'équipe de réalisateurs qui dirigeront l'enregistrement de ce disque, dont le séances se dérouleront à Montréal cet été.
Sans chercher à se réinventer, Simple Plan espère néanmoins que ce troisième album sera le reflet d'une certaine évolution.
« Beaucoup d'artistes cèdent à l'idée de se réinventer parce qu'ils se mettent à croire les gens autour d'eux qui leur disent de le faire. Les résultats ne sont pas toujours concluants. On veut essayer d'éviter ça. Au cours de la dernière tournée, on a beaucoup parlé entre nous de ce que nous voulons faire, d'où on veut aller. L'esprit de band n'a jamais été aussi bon. Et c'est super important. »
Et qui sait ? Peut-être que le prochain opus du quintette lui permettra enfin de briser cette réputation de « groupe d'adolescentes » qui le poursuit et qui est de moins en moins représentative du public qu'il rencontre sur scène.
« Cette perception, c'est quelque chose qui me dérange. C'est étrange quand quelqu'un vient nous voir en nous disant qu'il aime notre musique, même s'il n'a pas le bon look ou quelque chose... » de remarquer Jeff Stinco.
Loin du groupe l'idée de se dissocier de son premier public. Simple Plan entend continuer de travailler pour continuer à l'élargir.
« On n'a jamais pris les choses à la légère. À toutes les étapes de notre carrière, on a travaillé fort et avec sérieux. Et on va continuer. »